Lech Kaczynski, mort d’un nationaliste réactionnaire


20091028 Sommet 31 La mort du président polonais dans un accident d'avion, le 10 avril, a suscité une forte émotion en Pologne et a été couverte en long et en large par les médias internationaux qui ont partagé, peu ou prou, cette émotion. Ce n'est pas seulement la disparition de Lech Kaczynski qui a frappé les esprits, mais le fait que l'avion transportait une centaine de personnes, dont son épouse, et une série de personnalités politiques et militaires. Il n’en reste pas moins qu’une partie des hommages qui sont rendus au défunt président sont proprement incroyables, comme si la mort avait transfiguré cet homme réactionnaire, sectaire, eurosceptique, brutal en véritable icône alors qu'il a été le pire président que la Pologne n’ait jamais eu (précision: je parle évidemment de la Pologne d'après la chute du communisme).

Comme le souligne avec justesse ma consœur du Monde, Marion Van Renterghem dans son article du 13 avril, même Adam Michnik, le patron de Gazeta Wiborcza, qui ne l’a jamais ménagé de son vivant, « passe sur le sectarisme réactionnaire, inquisiteur, eurosceptique, populiste qu’il fustigeait tant » et préfère saluer dans son éditorial « le patriotisme » de Kaczynski, « cet homme « droit » et « sympathique » qui a « servi l’indépendance de la Pologne » et choisi la liberté contre la dictature ». Alors même qu’il était passé de mode, au point qu'il n'était pas certain de se représenter pour un second mandat à la fin de l’année. La mort a des vertus qui ne laissent de m'étonner. D'autres personnalités disparues dans ce « tragique accident », comme on dit, auraient mérité de vrais hommages, comme Anna Walentynowicz, une figure mythique de Solidarité. Bref, vous l'aurez compris, je refuse de verser la moindre larme de crocodile pour cet homme qui a donné une image terrifiante de la Pologne et que je n'ai cessé de critiquer de son vivant.

Rappelons que si l'avion s’est écrasé samedi 10 avril dans une forêt russe, c'est parce que 90862_capkatyn6-une l'irascible Lech Kaczynski, en guerre permanente contre le premier ministre libéral Donald Tusk, qui a succédé au jumeau Kaczynski, Jaroslaw, a refusé d'assister, le 7 avril, à la cérémonie organisée avec les Russes dans un geste de réconciliation pour commémorer le 70ème anniversaire du massacre de Katyn. Autrement dit, le président polonais est mort comme il a vécu, refusant de pardonner les offenses, cultivant les vieilles haines recuites du passé.

C'est lorsque son frère Jaroslaw était premier ministre qu’il a donné sa véritable mesure. Les deux frères ont gouverné avec la Ligue des familles, un petit parti antisémite, xénophobe et violemment réactionnaire qu'ils ont protégé. Autoritaires, peu soucieux de libertés publiques, ils ont pourri la vie de centaines de personnes en se livrant à une chasse fantasmatique aux anciens communistes: le regretté Bronislaw Geremek a même failli perdre son mandat de député européen parce qu'il a refusé de se plier à une énième « loi de lustration », invalidée in extremis par la Cour constitutionnelle. Une humiliation qu’il ne leur a jamais pardonnée.
20081107 Sommet 11 Vis-à-vis de l'Union, ils ont toujours eu une attitude de rejet, la jugeant trop aux mains des Allemands, « l'ennemi » héréditaire. Rappelons qu'en pleine négociation du traité de Lisbonne, Varsovie a réclamé davantage de voix au Conseil des ministres pour tenir compte des Polonais massacrés par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale... Une sortie germanophobe parmi d'autres. Comme le disait en privé un dirigeant européen, les jumeaux Kaczynski auraient vraiment eu besoin d'une « bonne psychanalyse »... Cette méfiance atavique à l'égard de l'Allemagne était équilibrée par leur haine à l'égard de la Russie. Pour les frères Kaczynski, le seul allié fiable était les États-Unis, d'où l'engagement polonais en Irak et le rôle que Varsovie a joué dans les vols secrets de la CIA. Cet alignement inconditionnel sur l’administration Bush a contribué à tendre les relations entre l’ouest et l’Est européen.

Kaczynski a, logiquement, essayé de s'opposer à l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, empêchant même le gouvernement libéral de ratifier la charte des droits fondamentaux. Il aura finalement été le dernier représentant d'une certaine Pologne rancie, crispée, réactionnaire (rejet de l’avortement, refus de reconnaître des droits aux homosexuels, etc.). Il faut espérer que la mort de Lech ne permettra pas à Jaroslaw de se faire élire à sa place, celui-ci étant encore bien pire que son jumeau.

Mais l’histoire sait être ironique : en mourant en Russie, Kaczynski aura sans doute permis à Moscou et à Varsovie de tourner définitivement la page de Katyn, Poutine et Medvedev s'étant saisi de cet événement pour multiplier les gestes d'apaisements que la Pologne attendait depuis 70 ans. À son corps défendant, Lech aura finalement été plus grand dans sa mort que dans sa vie.

Source:http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2010/04/lech-kaczynski-mort-dun-nationaliste-r%C3%A9actionnaire.html

 


Le président polonais, Lech Kaczynski qui a péri samedi 10 avril, était
un des présidents les plus réactionnaires que la Pologne ait connu
depuis 1989. Contrairement à certains dirigeants qui étaient
des transfuges de l'ex-PC polonais ayant profité du discrédit de
Solidarité pour revenir au pouvoir, comme c'était le cas de son
prédécesseur Kwasniewski qui gouverna de 1995 à 2005, Kaczynski
s'était toujours situé parmi les droitiers et réactionnaires avoués.

Militant, avec son frère jumeau, à Solidarité depuis sa création, il
était surtout parvenu sur le devant de la scène politique en créant,
dans les années 2000, un parti très à droite, le PIS (Droit
et Justice), qui s'allia avec tous les groupes les plus à droite
possible en Pologne, comme la Ligue des Familles Polonaises, dont le nom reflétait quasiment le programme, chrétien, antiavortement, etc. C'est ainsi qu'il gagna l'élection présidentielle en octobre 2005.

Dès lors, Lech Kaczynski se signala par ses prises de positions  ultra-conservatrices. Ainsi il fit pression pour le rétablissement de la peine de mort, en Pologne et dans l'Union européenne. Il interdit, en 2004 et 2005, l'équivalent de la Gay Pride à Varsovie. Il  insista auprès des institutions de l'UE pour que rien, dans la Charte  des droits fondamentaux dont elle se réclame, ne puisse obliger la Pologne à souscrire au droit à l'avortement ou à la liberté  pour les homosexuels de se marier ou d'avoir des enfants. Et surtout, il fut à l'origine, avec son parti, de la loi sur la « lustration », une chasse aux sorcières dans laquelle les politiciens de  son camp surenchérirent à tel point que même leurs partis  s'entre-déchirèrent. Au final, dans un climat de suspicion délirant, 700 000 personnes ont été obligées de déclarer par écrit qu'elles  n'avaient pas collaboré avec la police politique communiste.

Sur le plan de sa politique extérieure, Kaczynski se targuait de ramener
la Pologne sur le plan international, et multiplia les rodomontades
nationalistes, envoyant des soldats polonais en Irak et en
Afghanistan, s'adressant à la Biélorussie et à l'Ukraine pour leur
proposer une alliance antirusse. Sur le plan intérieur, ministres et
élus se livrèrent à une impressionnante inflation d'inepties,
comme par exemple les prises de positions de l'élu européen Roman
Giertych, saluant en Salazar et Franco des pionniers de la lutte
anticommuniste, dénonçant le darwinisme, ou encore publiant un
ouvrage antisémite.

Mais derrière tout cela, il y avait surtout une excitation donnée en
pâture aux éléments les moins conscients dans la population et dans la
classe ouvrière polonaises. Il s'agissait de faire oublier
que derrière les attitudes guerrières de leurs gouvernants, il y avait
surtout des courbettes devant les capitalistes, les grands groupes
européens comme leurs imitateurs en Pologne.

Et c'est bien pour cela qu'aujourd'hui Sarkozy, comme Obama ou Barroso,  adressent leurs commentaires attristés sur la disparition de ces  dirigeants polonais. Car ils savent bien qu'au-delà de leurs bigarrures exotiques et barbares, ils sont des leurs.

 

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