Cantona ... que l'amour ... des autres.

 
Eric Cantona lors de la présentation de son livre photo sur la pauvreté "Elle, Lui et les autres", réalisé en collaboration avec la fondation Abbé Pierre, et dont tous les bénéfices seront reversés à l'association.

Eric Cantona lors de la présentation de son livre photo sur la pauvreté "Elle, Lui et les autres", réalisé en collaboration avec la fondation Abbé Pierre, et dont tous les bénéfices seront reversés à l'association.

L'ancien attaquant international Eric Cantona a estimé mardi 8 décembre qu'être français, ce n'est pas "chanter la Marseillaise" ni "lire la lettre de Guy Môquet", mais d'abord être "révolutionnaire" face à un "système" qui contraint notamment des gens à vivre "dans la rue".

"Etre français est-ce que c'est devoir parler français, chanter la Marseillaise, lire la lettre de Guy Môquet ? Ça c'est être con !" a-t-il lancé lors de la présentation à la presse de son livre de photographies de personnes mal logées réalisé pour la Fondation Abbé Pierre. "Je ne dis pas que chanter la Marseillaise c'est être con, mais bâtir tout ça [l'identité] sur ça...", a-t-il précisé.

L'ouvrage Elle, lui et les autres, dont les bénéfices seront reversés à Fondation Abbé Pierre, est paru le 3 décembre aux éditions Desclée de Brouwer. Ce recueil de photographies en noir et blanc dépeint les situations d'exclus vivant dans des bidonvilles et des squats à Lyon, des chambres de 4 mètres carrés à Paris ou encore des baraques sous des ponts parisiens.

 

Notre petit déjeuner avec Eric Cantona: «Être français, c'est être révolutionnaire»

Contre la misère, l'injustice et le débat sur l'identité nationale, l'ex-footballeur a montré ce matin qu'il a gardé son âme de combattant et son sens de la formule. Rencontre, à l'occasion de la sortie de son beau livre de photographies consacré aux mal-logés

On connaît Eric the King, footballeur hors pair, joueur complet et charismatique, dont l'attitude combattive sur et en-dehors du terrain a fortement contribué à construire la légende. Les chansons qui lui sont dédiées résonnent encore aujourd'hui dans les travées des stades anglais, plus de dix ans après qu'il ait mis un terme à sa carrière professionnelle. On connaît aussi Cantona comédien, depuis « le Bonheur est dans le pré » en 1995 jusqu'au « Looking for Eric » de Ken Loach, cette année. On connaît maintenant Cantona photographe. Il présentait ce matin un livre plutôt réussi, « Elle, lui et les autres », publié par les Editions Desclée de Brouwer en partenariat avec la Fondation Abbé Pierre et disponible en librairie depuis le 3 décembre. L'occasion pour nous de constater que loin des terrains, King Eric a toujours envie d'en découdre.

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Il est 9h40 quand Eric Cantona pénètre dans la salle où se déroule le petit déjeuner de presse ; la porte s'ouvre sur sa silhouette massive. Les cheveux courts un peu en bataille et la barbe grisonnante, il laisse échapper « Oula ! » en découvrant la douzaine de journalistes qui l'attend.

Pendant plusieurs mois, accompagné de membres de la fondation, Eric Cantona a parcouru la France des mal-logés. En région parisienne, à Metz, à Lyon, à la Réunion et même au Brésil où la fondation Abbé Pierre est aussi active, Cantona a été le témoin de «  situations inacceptables » qu'il a tentées de saisir et que ce livre raconte en images. Avant qu'il n'arrive, le directeur éditorial de DDB Marc Bouchez et le délégué général de la fondation Patrick Doutreligne confiaient à quel point l'ancien footballeur s'était impliqué dans le projet ; il a lui-même financé les déplacements nécessaires à son reportage et s'est beaucoup intéressé au travail de mise en page du livre.

C'est qu'en photographie, le Français préféré des Anglais n'en est à son coup d'essai :

« Le noir et blanc, c'est mon choix. En photographie, j'ai des thèmes. J'ai commencé par l'abstrait, puis j'ai fait un travail sur la corrida. Pour ce livre, le noir et blanc s'imposait. »

« Je voulais pas tomber dans le misérabilisme. Je sais que ces gens sont beaux. Je la vois c'te beauté dans leurs yeux. Ces photos, c'est exactement ce que j'ai voulu faire. »

« Je dois voir dans la photo le sentiment que j'ai quand je la prends, pour continuellement être dans l'émotion, garder les yeux ouverts sur le monde, et puis  plus égoïstement, me sentir en vie. »

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Habitants et baraques, quartier du brûlé, prochainement réhabilité par la fondation Abbé Pierre, Saint Denis, La Réunion

Mais on comprend vite que Canto ne compte pas s'étendre sur son travail à proprement parler, ni même sur les rencontres qu'il a pu faire pendant son reportage.

« J'ai beaucoup de mal à parler d'un cas en particulier. Toutes les histoires sont différentes. Toutes les histoires sont marquantes. »

« Les gens étaient avertis que je venais. Je voulais pas leur faire perdre trop de temps. Je suis pas du genre à vouloir déranger. »

Mais quand il évoque les raisons qui l'ont poussé à accepter la proposition de Patrick Doutreligne, son regard se fait plus dur, ses gestes plus tranchants :

« On est là pour rappeler que tout ça n'est pas naturel. On est dans un pays riche, c'est inacceptable. »

Et pourtant, dit-il, cette situation n'est pas inconnue : « Ca nous crève les yeux à tous (...) C'est ce qui m'inquiète le plus ; on voit déjà, et on s'habitue ». En fait, c'est comme si « les gens regardent, mais ne voient plus. Voilà. »

« On trouve des excuses à tout, à tout le monde, à ce que les gens crèvent dans la rue. On s'habitue à zapper, à s'abrutir, à supporter la manipulation, le bourrage de crâne. Faut se battre contre cette facilité-là. »

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Cantona et Patrick Doutreligne

Parrain de la fondation depuis quatre ans, Canto ne croit pas à l'urgence d'une cause plus qu'une autre, « tout me touche, il faut toujours combattre ». Il le pensait déjà quand il était footballeur professionnel : « On est pas en quarantaine quand on est footballeur. Si on en a envie, on peut garder les yeux ouverts sur le monde. » De toute façon, rappelle-t-il, « rares sont les joueurs issus de milieux aisés. »

Dans la préface du livre, il décrit d'ailleurs l'exode de ses grands parents, réfugiés espagnols à Argelès-sur-mer : « Ils étaient victimes du plus total dénuement. Ces périodes difficiles marquent durablement une famille. La nôtre n'a pas oublié. »

C'est pourquoi, « quelque soit la réussite », Canto ne s'est jamais « cru au dessus des autres ». C'est même pour ça qu'il na jamais laissé passer les insultes : « C'est peut-être pas la meilleure des façons de réagir que de sauter dans une tribune [un fan de Crystal Palace s'en souvient encore], mais je suis au dessus de rien. »

En tout cas, le football, d'après Cantona, est « en avance sur la société », puisqu'il encourage des gens d'origine différente à se réunir dans un but commun.

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L'occasion est alors trop belle pour ne pas évoquer la question de l'identité nationale ; Cantona soupire, rappelle, un peu agacé, ses origines sardes et espagnoles, avant de servir une de ses formules maison :

« Être français, est-ce que c'est parler français, chanter la Marseillaise et lire la lettre de Guy Môquet ? (Silence) Non, ça c'est être con. Être français, c'est être révolutionnaire. »

C'est pour cette raison que Canto est persuadé que « ça va pas finir comme ça », qu'il s'agisse de la situation des mal-logés ou de la manipulation politique sur l'identité nationale :

« Ils balancent ce débat avant les élections. Tout le monde en a conscience mais (...) on leur sert la soupe car c'est ce qu'ils veulent (...) Donc arrêtons d'en parler, et parlons de choses beaucoup plus sérieuses et beaucoup plus graves. »

Ces choses, c'est l'urgence de la situation des mal-logés, aggravée par la crise, qui amène des classes moyennes, inadaptées, dans la rue. Patrick Dourteligne rappelle à ce propos qu'un tiers des appels reçus par le standard de la fondation depuis la rentrée provient d'un public inconnu des services sociaux.

« Si l'année 2009 a été celle de l'amortisseur de la crise. Le plan de relance semble maintenant s'essouffler. 2010 s'annonce comme une annus horribilis. »

Ce livre a pour but de rendre compte de cette réalité, même si, pour Canto : « On ne fait pas les choses pour qu'elles soient utiles. Si elles le sont, tant mieux. » Alors tant mieux.


Et il en remet une couche sur Canal Plus début janvier Cool :



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