1er avril : Poison d'avril !

Poison d'avril

La campagne pour les présidentielles de 2002 vue depuis la rédaction d'une chaîne de télé, ou la radiographie d'une vaste manipulation de l'opinion publique. Une fiction politiquement incorrecte, avec Bruno Todeschini, Anne Brochet et Olivier Gourmet.

 Début mars 2002. Simon, arriviste cynique, est engagé comme directeur de l'information d'une chaîne de télévision, avec pour mission de reprendre en main la rédaction en période d'élection présidentielle et de faire remonter l'audience. Il a posé ses conditions : les pleins pouvoirs. Toute la rédaction, qui redoute la venue de Simon, compte sur Charles, le rédacteur en chef du journal télévisé, pour freiner ses dérives dans la course à l'Audimat. Mais, appelé d'urgence au chevet de son père, Charles doit laisser son équipe aux prises avec Simon. Celui-ci, s'alignant sur les autres chaînes, veut faire de l'insécurité le coeur du débat politique...


L'insécurité commence à 20 heures

Le film se déroule du 5 mars au 21 avril 2002, c'est-à-dire du sondage créditant Le Pen de moins de 8 % des intentions de vote jusqu'à l'élimination de Lionel Jospin au second tour de la présidentielle. Pendant ces deux mois de campagne, le thème de "l'insécurité" fait la une de tous les journaux télévisés. Un matraquage médiatique où cohabitent des images de voitures en flammes (aussi bien en France qu'à Jérusalem), la tuerie de Nanterre, les vrais-faux faits divers, les micros-trottoirs tronqués et les petites phrases montées en épingle. Par le biais d'une fiction très vraisemblable, William Karel décortique les pratiques de ces journalistes qui sont prêts à toutes les manipulations pour faire grimper l'audience. L'affrontement de deux conceptions professionnelles, incarnées avec force par Olivier Gourmet et Bruno Todeschini, permet de comparer deux versions d'un même fait - au téléspectateur d'apprécier ensuite l'information qui lui est servie sur le plateau du 20 heures. La dimension documentaire de Poison d'avril, parfaitement maîtrisée, nous fait revivre avec une vive émotion ces heures cruciales d'avril 2002. Dans cette reconstruction, qui mêle aussi bien les vrais épisodes de la campagne électorale que les analyses politiques du réalisateur, les candidats Jospin, Chirac et Le Pen ainsi que les présentateurs de TF1 et de France 2 tiennent parfaitement leur rôle. Un rôle mis en lumière avec le recul nécessaire, mais sans complaisance.

 


 

William Karel

Entretien avec William Karel, réalisateur du téléfilm "Poison d'avril" (ARTE 19 janvier 2007)

"Je pense qu’on peut aussi voir ce film un peu comme on revisite une courte page d’histoire."

Comment est né ce projet de fiction ? Pourquoi ne pas en avoir fait un documentaire ?
C’est un travail commencé cinq ans plus tôt, avec Le journal commence à 20 heures, un documentaire pour ARTE, une plongée de 60 jours au coeur de la rédaction du journal télévisé de France 2. Ce film est né de l’envie de réaliser un film de fiction, pour la première fois, mais sans quitter complètement le documentaire. C’est un vrai film de fiction, où tous les faits rapportés sont réels. Même si l’on mêle quelques archives à la fiction, il ne s’agit en aucun cas d’un docu-fiction. Aucun acteur ne joue Lionel Jospin ou Jacques Chirac. J’ai gardé les moments forts de cette campagne, les images que personne n’a oubliées. Je pense qu’on peut aussi voir ce film un peu comme on revisite une courte page d’histoire.
Poison d’avril raconte l’histoire d’une chaîne de télévision, jamais nommée, qui court après France 2, qui elle-même court après TF1, à la recherche de l’Audimat, de l’audience à tout prix. On ne quitte pratiquement jamais la chaîne. Le décor ? Le lieu central, la salle de conférence, appelée « Le bocal », la régie, le plateau, les salles de montages et de visionnage, les bureaux des journalistes. Ce lieu me semblait l’endroit idéal pour raconter le « coup de tonnerre » du 21 avril et les quelques semaines qui l’ont précédé. Mais ce n’est pas un documentaire sur une chaîne. Juste une comédie que j’espère un peu grinçante sur la fabrication d’un journal télévisé.

Vous dénoncez l’omniprésence du thème de l’insécurité à la veille du premier tour de la présidentielle, l’obsession de l’Audimat…
Si le film parle de la faillite des instituts de sondages, aveugles devant la montée de Le Pen (les derniers sondages autorisés et diffusés le vendredi soir, deux jours avant l’élection, donnaient 12,5% à Le Pen), du machiavélisme de l’équipe de Chirac, de la campagne ratée de Jospin, qui commet une erreur majeure en estimant que le premier tour n’était qu’une formalité, on y voit surtout l’emballement de toutes les chaînes sur l’insécurité. C’est quand même la première fois où les médias, et la télévision en particulier, ont fait basculer le cours d’une élection. Où l’on a utilisé le thème de l’insécurité jusqu’à la nausée. Le film revient longuement et se termine par l’affaire Papi Voise, ce petit vieux d’Orléans, battu par des inconnus trois jours avant le 21 avril et qui a fait 83 fois l’ouverture des journaux télévisés de toutes les chaînes. Chose ahurissante pour une histoire d’une banalité confondante, un petit fait-divers sans intérêt monté en épingle par la télévision.

Comment rendre palpitante une histoire dont tout le monde connaît le dénouement ?
Ingrid Bergman, qui venait de terminer Les enchaînés pour Alfred Hitchcock, lui avait confié qu’elle allait tourner juste après Jeanne d’Arc, mais qu’elle se demandait comment passionner un spectateur avec une histoire dont tout le monde connaît la fin. Hitchcock lui a répondu : « Ça n’a aucune importance… Si c’est moi qui réalise le film, je suis persuadé qu’au moment où Jeanne monte sur le bûcher, la plupart des spectateurs vont se dire : Je suis sûr qu’elle va s’en sortir ! »

  • Bio William Karel en bref :

Documentariste, William Karel s’est souvent intéressé à la politique, de Histoire d’une droite extrême (1998) à François Mitterrand : un mensonge d’Etat passé sous silence (2001) ou encore le docu-fiction Opération Lune (2002). Il a récemment signé Le Monde selon Bush (2004) et La Fille du juge (2005). Poison d’avril est sa première fiction.

 


 

 

 

 

 


 

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